ANEMONES le souffle du printemps

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Au printemps, la montagne semble encore dormir.

Les sommets sont blancs, les arbres n'ont pas encore retrouvé leurs feuilles et,
dans les sous-bois, la lumière reste froide.

Et pourtant, à quelques centimètres du sol, quelque chose s'éveille.

Une petite fleur ose apparaître, parfois alors que la neige est encore toute proche.
Elle semble bien fragile pour affronter une montagne encore glacée.

Et pourtant, elle est là, fidèle au rendez-vous,

comme si elle savait que l'hiver ne pouvait pas durer éternellement.

C'est l'anémone, l'une des premières fleurs à annoncer le printemps.

Au Mercantour, je les guette comme on guette un calendrier.

Chaque espèce arrive à son heure, selon l'altitude et l'exposition.
Certaines apparaissent très tôt, d'autres attendent que les beaux jours s'installent.

La première est parfois l'anémone hépatique, avec son bleu délicat.
Elle pousse dans les sous-bois alors que les arbres sont encore nus.
Dans cette nature encore brune et silencieuse, son apparition prend presque des allures de miracle.

Puis viennent les autres anémones, chacune avec sa forme, sa couleur et son caractère.
L'anémone pulsatille, couverte de fins poils argentés, semble avoir revêtu un petit manteau pour se protéger du froid. Lorsqu'elle s'ouvre, sa fleur paraît étonnamment délicate au milieu des paysages austères de la montagne.

On l'appelle aussi parfois l'anémone souffrée, lorsqu'elle est jaune et qu'elle pousse sur les pentes acides.

Plus bas, dans les pelouses, d'autres anémones apparaissent, blanches comme de petits éclats de neige.

Cette fragilité n'est pourtant qu'une apparence.

L'anémone est une fleur de montagne,
et la montagne ne fait pas beaucoup de cadeaux.


Le vent peut souffler brutalement, les températures redescendre en quelques heures et la neige revenir
alors que le printemps semblait installé.

C'est peut-être pour cela que les anémones semblent toujours regarder le ciel. Leurs fleurs s'ouvrent au soleil
et se referment lorsque les conditions deviennent moins favorables.

La mythologie raconte d'ailleurs une jolie histoire.

Zéphyr, le dieu du vent du printemps, aimait une nymphe appelée Anémone.

Par jalousie, sa femme la transforma en fleur,
toujours prête à s'ouvrir au moindre souffle de son amant.
Depuis, raconte la légende, l'anémone est devenue la fleur du vent.

Et lorsque l'on observe ces petites fleurs danser dans la brise,
on comprend facilement pourquoi cette histoire a traversé les siècles.

Au Mercantour, je ne les regarde jamais simplement comme des fleurs.

Elles sont pour moi les premiers signes du réveil de la montagne.
Elles apparaissent lorsque tout semble encore endormi et, sans bruit, nous rappellent que la vie revient toujours.

Alors je m'approche doucement.

Je les photographie sans les toucher, en essayant simplement de retenir quelques secondes de cette rencontre.
Une fleur, une lumière, un arrière-plan flou, parfois un sommet enneigé derrière elle...

Entre 800 et 2 800 mètres d'altitude, de mars à juillet,
les anémones se succèdent comme autant de petits rendez-vous avec le printemps.

Et lorsqu'un souffle de vent vient faire frissonner leurs pétales,
on comprend peut-être pourquoi elles ont inspiré tant de légendes.

Elles ne sont pas seulement les fleurs du printemps.
Elles en sont le souffle.